24 heures du Mans vélo (20-21 août)

Post date: Aug 25, 2011 8:56:27 PM

Salut les salamandres

Mon premier CR de l'année 2011. Y'aurait donc pas mal de choses à dire mais je vais surtout vous parler du week-end dernier.

Pour résumer les épisodes précédents: après un marathon de Nice en novembre et un LD de Doussard en juin particulièrement calamiteux (et douloureux surtout), j'étais au fond du trou au niveau musculaire à la mi-juin, alors que Dijon se profilait... Les crampes me suivaient partout, même au repos, impossible de courir ne serait-ce que 500 m. Mon dealer attitré, dont je tairais le nom de famille par souci d'anonymat, appelons-le donc Nico S, m'oriente vers les petites boites oranges d'hexaquine et vers les compress'sport. C'est magique, ça marche dès les premiers entrainements, ça me permet d'être à l'arrivée à Dijon, mais sans plus il est vrai.

Arrive là-dessus l'Alpe d'Huez où je me sentais plutot en vacances: pour une fois, pas de cols de la Morte et d'Ornon au programme. Sensations totalement inédites pour moi: pour la première fois depuis que je fais du tri, je ne suis jamais seul de toute la course, même pendant la natation. J'ai enfin connu ce jour-là, comme vous, le plaisir de se prendre une baffe dans la tronche. Plaisir de recevoir, mais aussi joie d'offrir: quelle délectation de savater gratuitement le gars de derrière, à grands renforts de coups de pied, le tout dans une sorte de bouteille d'eau minérale géante (je suis encore frappé par la pureté de l'eau dans ce tri). Après cette séance de machine à laver, je connais encore beaucoup de surprises, comme celle de doubler des cyclistes par centaines, moi qui ne voyais d'habitude qu'une poignée de concurrents avant le retour au parc. Bref, un nouveau monde pour moi...

C'était bien sympathique tout ça, mais ca ne constituait qu'un prélude au grand rendez-vous de l'année: les 24h du Mans. Je n'avais pas trop de repères, si ce n'est une Ardéchoise avec ses 217 km et 4060 m de D+ en 11h03 min. A la louche, je me dis que je peux faire le double de distance dans le double de temps, vu qu'il n'y a pas de dénivellé sur un circuit: je vise donc la barre des 400 km, et plus particulièrement celle des 100 tours, soit 418,5 km.

Au départ pas mal de pression car je me rends compte qu'on est à peine 53 solo pour 1758 partants. Je réalise également toute la logistique que développent les autres: ils s'installent dans le paddock avec frigo, micro-ondes, ordinateurs portables, fauteuils, tables et chaises. Un ou deux accompagnants sont là pour faire la popote et les chronométrer. Tout le matos dont je dispose est un tapis de sol et je n'ai pas d'accompagnant.

Départ samedi à 15h sous un soleil de plomb. Après un tour de "chauffe" (on avait déjà bien assez chaud avec les 34°C sur la piste), le protocole se met en place: les porteuses de drapeau sur la ligne de départ, les hymnes nationaux, les concurrents qui poirautent au bord de la piste en face de leur vélo. Ca démarre très vite, avec un peloton énorme qui roule à 45 km/h de moyenne et que je choisis évidemment de ne pas suivre. Petits frissons quand le peloton me rattrape et me double: une telle différence de vitesse et un tel nombre de cyclistes, comme une meute de bisons qui vous court après... Dès le début, je réfléchis "économies d'énergie": je fais le choix de monter la côte de la passerelle DUNLOP (26 m de D+) sur le petit plateau. Arrivée en haut, j'envoie tout le braquet possible, je m'étire, et j'attaque la première descente sans pédaler, tout en commençant à regarder quelle roue je pourrai bien sucer. Arrivé sur le plat, la proie est choisie, j'envoie ce qu'il faut pour accrocher la roue tant convoitée et la suce jusqu'à la prochaine côte DUNLOP.

Ah ça... j'ai dû en sucer des roues: des vieilles, style années 80, des high-tech Corima-machin-truc, avec toujours une petite préférence pour les grands au gros cul, ceux qui vous mettent bien à l'abri. Je dois avouer que les quelques sorties avec le club au printemps m'ont été particulièrement utiles pour préparer cette épreuve du Mans. J'ai notamment un souvenir de la roue de Jerôme... je n'en dirai pas plus pour ne susciter aucune jalousie... Malgré toute ces roues à sucer, l'après-midi est éprouvante du fait de la chaleur (je tourne entre 7'40 et 8'30) mais la piste est si roulante qu'on a toujours une sensation de vitesse, de glisse, un vrai régal.

Arrive la nuit avec soulagement mais il se met à flotter. Toujours autant de public en haut de la côte Dunlop, même à minuit, ca fait chaud au coeur. La nuit entière sera pluvieuse, une piste luisante comme un miroir. Je prends des trajectoires beaucoup plus larges car j'ai une peur bleue de glisser, 9'30 au tour. Imperturbable, le peloton tourne toujours aussi vite (autour de 5'20 au tour), avec une régularité implacable, prenant les virages avec la même trajectoire que s'il ne pleuvait pas. Y'en a quand même bien quelques uns qui iront dans le décor: j'ai vu 3 fois l'ambulance pendant la nuit. Un orage détraque le système de chronométrage, les équipes sont inquiètes. Nous les solo, on a notre compteur pour faire les comptes, on se fiche pas mal de leur chronométrage...

3h00 du matin, j'ai fait 260 km en 12h, je suis confiant sur mon objectif mais les vêtements commencent à m'irriter de partout, j'ai de plus en plus de mal à m'asseoir sur la selle. Pourtant des vendeurs de rustine, dont je tairai les noms, appelons-les Jean P et Laurent M, m'avaient dit le plus grand bien de cette Fisik-machin-truc-qui-épouse-les-formes-du-corps. Je pense que c'est plutôt mon cul qui a épousé la forme de la selle... mais passons. Je décide donc de prendre une douche (douche et WC dans les paddock, pratique) en espérant que ça me requinque. Vision hallucinante de retour dans mon box, que je partage avec un hongrois qui le fait en solo: ledit hongrois revient au stand pour ravitaillement, trois types l'attendent. Un premier lui prend les gourdes, un second sort des brioches fourrées et autres pâtisseries industrielles d'un sac, un troisième les enfourne dans la bouche du cycliste comme on remplit un réservoir... Ce hongrois ne sera pas descendu du vélo en 24h, sauf pour pisser... il finira 4ème des solo avec plus de 900 km au compteur.

Arrive l'aube mais je me prends un coup de barre. J'ai de plus en plus de mal à sucer correctement les rares roues qui s'offrent à moi. Je décide à 6h30 de dormir un coup avant de partir dans le décor et d'entraîner quelqu'un d'autre. Je comate 1h30 à même le sol, dans l'agitation de mon box où les accompagnants se sont réveillés. A 8h00, le soleil est à nouveau là, je prends un petit déj au resto des concurrents, un vent frais vient sécher la piste.

La matinée passe très vite, c'est finalement le meilleur moment de la course même si j'ai toujours aussi mal à l'entre-jambes...

11h30 sont là et malheureusement, je n'ai rien mangé de la matinée, si ce n'est une ou deux topettes. Plus rien de mes provisions ne me fait envie et il faut vraiment que j'avale quelque chose pour tenir jusque 15h00. Je fais donc une pause pour fêter mes 400 km, avec une grande bière pression, en me disant que ça me remettra l'estomac à l'endroit. Bingo ! Je retrouve l'apétit et je mange le poulet du repas de midi, je peux remonter sur le vélo pour 3 dernières heures à bloc. Je me permets même le luxe d'accrocher un TGV dans les deux derniers tours, je finis à bloc, sous les félicitations des autres qui étaient en équipe. Moi j'en déduis qu'en j'en avais sans doute trop gardé sous la pédale. En tout cas, quelle émotion de finir au sprint dans un groupe remonté à bloc, devant des tribunes remplies...

Le 1er solo finit avec 958 km (voire plus vu les erreurs de chronométrage), la 1ère équipe (une de 4) finit avec près de 980 km... la barrière symbolique des 1000 km restera encore invaincue cette année mais plus pour longtemps à mon avis. De mon côté, je suis content de mes 453 km (et plus de 2600 m de D+) en 24h 05min, mais avec un temps moins chaud, une nuit sans pluie et une selle plus encline à collaborer, je devrais pouvoir passer 2 à 3 h de plus sur le vélo (je n'ai roulé en fait que 16h30): les 550 km me semblent donc accessibles.

Mes armes anti-crampes (Quad sur les cuisses, Booster sur les mollets, cure d'hexaquine, topettes d'antioxydant) semblent avoir fonctionné car je n'ai pas eu l'ombre d'une crampe sur ces 24h. Je reprends confiance dans l'avenir et je reprends plaisir sur des courses... Je n'ai qu'une envie, y retourner l'année prochaine, et qu'un rêve, le faire un jour en vélomobile. Des constructeurs étaient là pour montrer leurs modèles: ce genre de bolides fait rêver (cf. http://sites.google.com/site/labodemobilitebe/Home/waw), même si ca ne permettrait sans doute jamais de faire de la bosse.

Désolé si cétait long... et pourtant j'avais encore beaucoup plus de choses à vous raconter. Je terminerai en vous remerciant pour votre soutien et vos conseils sur cette saison.

J'ai souvent pensé pendant la course à toutes les salamandres qui se seraient régalées sur ce parcours ultra-roulant. Peut-être ne viendrais-je pas seul l'année prochaine...

A+

Pierre

PS: Pour terminer l'année 2011: les 24h de Gre si une équipe veut bien de moi, l'ekiden de Gre, puis le marathon de Florence fin novembre. Une fois de plus, je passe mon tour sur la Saintélyon... pour mieux revenir l'année prochaine ?